Grand Blanc

Grand Blanc vient de cet Est froid.
Où il a grandi il y avait de grandes cathédrales,
à côté de hauts fourneaux.

On ne mettait pas longtemps à passer la frontière
lorsqu’on prenait l’autoroute.
On allait acheter du mauvais tabac bon marché
et on saluait les pompistes
dans d’autres langues.
Sur la route,
on écoutait des vieux Bashung,
dans les années 80,
quand il portait des T-shirts de Joy Division.
On écoutait aussi les Cure
qui reprenaient l’étranger de Camus
dans « Killing an arab ».
Kraftwerk,
Autobahn,
en reprenant l’autoroute
Radioaktivität
en passant devant la centrale.

On parlait un peu de littérature,
beaucoup de musique,
le samedi on priait
pour qu’il y ait un bon concert.
Ou on allait au match,
et on priait pour qu’il y ait au moins un but.
Ou on allait au bar.
On évitait la messe le dimanche
mais on évitait pas Metz
et on était vidés
par nos petites virées.

Quelques uns voulaient se mettre la tête dans le haut fourneau

d’autres voulaient finir dans la grande cathédrale.